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# Twenty : Mon fabuleux voyage en Corée du Nord #2

Par Cyriaque Levoir

Le 14 septembre, 2017

Twenty a pu discuter un peu avec Louis de Gouyon Matignon, 25 ans, tout juste revenu de son dernier voyage en Corée du Nord. Quel regard porte-t-il sur cette enclave liberticide, aujourd’hui dotée de la bombe nucléaire ?

« Ce fut le voyage le plus dur de ma vie ».

 

Twenty : Avant ton premier voyage, tu m’avais dit que Kim Jung Un était ton modèle. C’était certes une facétie, mais dirais-tu la même chose aujourd’hui ?

LGM : C’était sur le ton de la provocation, mais je ne le referais pas aujourd’hui. Déjà, quand je t’avais appelée, Otto Warmbier n’était pas mort. Je voyais juste un type qui provoquait le monde avec ses délires. Je ne connaissais pas la situation du pays. Ça me faisait marrer, je m’étais d’ailleurs fait faire un costume nord coréen… là, j’ai trop souffert et j’ai trop vécu la violence pour parler de ce sujet avec légèreté.

 

Twenty : Tes expériences précédentes et ta quête de dépaysement, que ce soit avec les tziganes ou en Côte d’Ivoire, t’ont elles aidé à surmonter la dureté de ce voyage ?

LGM : Non. Ce fut le voyage le plus dur de ma vie. Avec les gens du voyage, la vie a pu être un peu rude. En Côte d’Ivoire, en pleine période électorale, c’était un peu rude également, mais la Corée du Nord n’a rien à voir avec le reste. C’est une dictature. La violence règne. Il y a des camps de travail, les gens sont émaciés par la faim, il n’y a que des rapports de force, le climat n’est pas clément, avec un hiver glacial et un été chaud et humide, la ville n’est pas belle, il y a des bidonvilles dans tous les sens, des coupures d’électricité, d’eau chaude… ce que j’ai pu constater, c’est que ce pays abime. Quand j’étais avec le personnel diplomatique, à Pyong Yang, dans le bureau de coopération (l’équivalent d’une ambassade, mais comme la France ne reconnaît pas le régime Nord Coréen, on ne peut pas utiliser ce terme), je me suis rendu compte que ces gens étaient abimés par le pays. Ils avaient l’air « au bout de leur vie », comme on dit.

 

 

Twenty : Tu es le défenseur de la cause des gens du voyage en France et tu as été directeur de campagne d’un présidentiable en Côte d’Ivoire, est-ce que ton passage par la Corée du Nord s’inscrit dans un processus ?

LGM : Oui, le processus c’est d’aller voir des gens différents, intenses et qui voient le monde à travers un prisme différent. Dans cette optique, je recherche la compagnie de gens qui incarnent une différence. J’ai notamment écrit un livre avec les jeunes de la communauté indépendantiste basque. Je souhaite toujours être au contact de populations qui interprètent le monde différemment.

 

« La Corée du Nord est un monde uniforme. Il faut savoir que les gens sont habillés pareil, il y a des tenues et des coupes de cheveux réglementaires. Bref, toutes ces raisons ont renforcé ma conception d’une Europe culturelle très forte ».

Twenty : Tu viens de publier un dictionnaire de Nord-Coréen, après avoir publié un dictionnaire de Tzigane et de Romani. Quelle est ta démarche et comment as-tu procédé ? En si peu de temps tu as réussi à apprendre la langue ? Pourquoi attaches-tu autant d’importance aux dictionnaires ? Tu penses trouver un lectorat ?

LGM : Alors non, je n’écris pas des dictionnaires pour gagner de l’argent. Mon but, c’est avant tout de sauvegarder la langue de Corée du Nord à un moment précis de son histoire, dans le but de mieux faire connaître cette culture. Une langue, c’est une culture sur le plan linguistique. En deux mois, j’ai appris à parler la langue à 50 ou 60% et bien sûr, je la lis couramment. En revanche, là, je me rends compte que je perds un peu la langue, dans la mesure où je ne la pratique pas et que je ne souhaite pas non plus la pratiquer. C’était une expérience douloureuse et j’ai envie de passer à autre chose. Pour ce qui est du procédé, c’est toujours le même. Il faut rester avec les gens, leur demander de traduire un maximum de mots et lire beaucoup, chercher toutes les significations possibles de chaque chose. En Corée du Nord, certains mots de sont pas les mêmes qu’en Corée du Sud, et les accents et la conjugaisons ne sont pas les mêmes. Par exemple, pour dire Penalty, en Corée du Sud on va dire grosso modo Penalty et en Corée du Nord, punition des onze mètres. C’est une langue qui change beaucoup. Et puis, il y a tout le champ lexical du socialisme, de la période communiste et de tout l’imaginaire qu’il y a derrière.

Twenty : Depuis ton retour en France, est-ce que ton regard a changé sur le monde occidental ?

LGM : Je le savais déjà plus ou moins, mais je vois à quel point nous avons de la chance, des libertés et surtout, de la culture. C’est le plus important. La notre est riche et il faut se battre pour la défendre. En France, nous sommes libres parce que nous pouvons penser différemment. La Corée du Nord est un monde uniforme. Il faut savoir que les gens sont …. Lire la suite sur Twenty ici